LES SCIENCES HUMAINES APPLIQUÉES AUJOURD’HUI

Le programme

Le programme

Le programme

LES SCIENCES HUMAINES APPLIQUÉES AUJOURD’HUI
La complexité des problèmes sociaux contemporains nous oblige de plus en plus à miser sur l’interdisciplinarité. Afin d’apporter un éclairage et des solutions durables, les démarches d’analyse et d’intervention exigent de mettre en commun des compétences transdisciplinaires. C’est ce qui explique la pertinence accrue des sciences humaines appliquées.

LE PROGRAMME DE DOCTORAT EN SCIENCES HUMAINES APPLIQUÉES

De concert avec la Faculté des études supérieures et en partenariat avec les centres et les unités de recherche, ce programme rassemble des professeurs de plusieurs départements de l’Université de Montréal, incluant ses institutions affiliées. Conçu en vue de contribuer à une analyse renouvelée des problèmes et des enjeux sociaux de l’heure, que ce soit dans le domaine du social, des politiques publiques, de l’environnement, de la culture ou de l’économie, par exemple, ce programme vise à fournir aux étudiants et aux étudiantes qui possèdent déjà une solide formation académique et une expérience de recherche, l’occasion de se familiariser avec d’autres approches disciplinaires que celle de leur formation initiale. En ce sens, le programme met l’accent sur le développement d’une approche interdisciplinaire. Il fournit aussi aux étudiants et aux étudiantes, et ce, tant d’un point de vue théorique que pratique, la possibilité de participer au développement des connaissances, la plupart du temps en référence à des milieux d’application. À noter, depuis quelques années, le programme s’est enrichi d’une option bioéthique comportant des exigences particulières.

Compte tenu de la provenance étendue tant des étudiants que des professeurs — qu’il s’agisse des titulaires des séminaires ou des directeurs et des codirecteurs de recherche — le programme fournit à chacun un environnement d’échanges intellectuels et de recherche des plus stimulant. Plusieurs des directeurs ou codirecteurs de recherche sont rattachés à des centres ou à des unités de recherche auxquels les étudiants sont invités à s’intégrer. De plus, l’association étudiante est très active au sein du programme et contribue d’une manière directe à son développement.

ORIENTATIONS DU PROGRAMME

Ce programme est orienté vers la recherche. Bien qu’il se caractérise doublement par l’interdisciplinarité et le développement des connaissances, il est aussi enraciné dans des problématiques diverses, dont les origines disciplinaires sont multiples : mentionnons, entre autres, la sociologie, l’anthropologie, la criminologie, la démographie, la psychologie, la psychoéducation, les sciences économiques, la science politique, le service social, le droit, l’administration. Dans le cas de l’option bioéthique, celle-ci offre une spécialisation de pointe pour celles et ceux qui ont une formation préalable ou un intérêt spécifique dans le domaine de la santé et de sa gestion.

Depuis sa mise en place en 1988, le programme a contribué à la formation d’étudiants et d’étudiantes qui œuvrent aujourd’hui tant dans le domaine de la recherche que dans celui de l’intervention ou de la gestion. Les diplômés de ce programme sont actifs aussi bien dans les universités que dans le secteur public ou parapublic de même que dans le secteur privé ou au sein des organismes non gouvernementaux, qu’ils soient nationaux ou internationaux.

Thèses de doctorat

Thèses de doctorat

Thèses de doctorat

LE TRAVAIL DOMESTIQUE DES FEMMES EN CONTEXTE MIGRATOIRE Effets psychosociaux et stratégies d’adaptation

Janvier 1996

SOMMAIRE

Cette recherche exploratoire porte sur les stratégies d’adaptation des domestiques étrangères, confrontées aux effets psychosociaux de deux programmes d’immigration temporaire : le Programme pour les Employés de Maison Étrangers (PEME) et le Programme pour les Aides Familiaux Résidants (PAFR). Le vécu de ces travailleuses et surtout le sens qu’elles donnent à leur expérience sont centraux dans la compréhension de leurs comportements pour répondre à la double question de recherche:
Comment des conditions de vie éprouvantes, en contexte de migration temporaire, mettent-elles à l’épreuve les ressources de la personne? Quelles stratégies d’adaptation individuelles et collectives développent-elles à partir de leurs perceptions de la situation?
Quelles sont les caractéristiques juridiques et organisationnelles de ce contexte migratoire qui peuvent expliquer ces réactions?

Adoptant une démarche de type anthropologique, et une analyse systémique culturelle, nous avons donc choisi deux populations très distinctes (les Philippines et les Marocaines), afin de voir les effets différenciés résultant des interactions entre les différents facteurs personnels, environnementaux et culturels. Pour ce faire, nous avons procédé à des entrevues non-directives mitigées et interrogé des travailleuses temporaires et des résidentes permanentes ayant expérimenté l’un des deux programmes, afin de comprendre leur trajectoire et leur rationalité.

Les résultats de cette recherche soulignent que ces programmes exposent tout particulièrement les travailleuses à de mauvaises conditions de vie et de travail, ce qui met indûment les ressources physiques et psychologiques des personnes à l’épreuve, en faisant des programmes hautement pathogènes. Il s’avère que les conditions de vie et de travail de ces programmes ont, à plus ou moins brève échéance, des effets néfastes sur la santé des personnes (psychologique et physique) et modifient leur trajectoire personnelle et professionnelle, indépendamment du niveau d’instruction qu’elles avaient en arrivant. En effet, des sentiments profonds d’insécurité, de dépression et d’impuissance, et diverses somatisations sont encore exacerbés chez les travailleuses ayant encore un statut temporaire.

Cependant, les effets sont différenciés d’une culture à l’autre, car chaque population s’adapte au cadre juridique des programmes en fonction de facteurs organisationnels, culturels et personnels. Car, malgré tout, ces personnes ont un potentiel qui leur permet de s’adapter, ces stratégies dépendant d’abord du projet migratoire initial et de son acceptation ou de son rejet par la communauté d’origine, ensuite des réseaux interpersonnels de soutien que les travailleuses développent pour s’accommoder à leur situation. Loin d’être toujours des victimes passives, elles peuvent être des victimes consentantes, pourvu que leur objectif soit atteint : l’obtention de la résidence permanente. Considérées destructrices par les unes, ces épreuves sont des défis de croissance pour les autres, laissant un sentiment de perte ou de gain.

LES TRAJECTOIRES DES JEUNES D’ORIGINE HAÏTIENNE

LES TRAJECTOIRES DES JEUNES D’ORIGINE HAÏTIENNE

LES TRAJECTOIRES DES JEUNES D’ORIGINE HAÏTIENNE

LES TRAJECTOIRES DES JEUNES D’ORIGINE HAÏTIENNE DANS LE SYSTÈME QUÉBÉCOIS DE PROTECTION DE LA JEUNESSE

SOMMAIRE
La Loi sur la protection de la jeunesse (L.R.Q., chap. P-34.1, modifiée le 1er octobre 1989) a institué la Direction de la protection de la jeunesse, un organisme socioadministratif dont la vocation est d’intervenir essentiellement pour assurer la protection de l’enfant aux plans physique, émotif et du développement. Le type d’intervention qui y est pratiqué est une intervention dite psychosociale. Nos préoccupations dans le cadre de cette thèse sont directement reliées à la problématique suivante. Les catégories de personnes qui sont concernées par cette loi sont des enfants de 0 à 18 ans. Or à partir des années 70 (Gay, 1985), on constate que ces derniers sont d’ascendance (ou d’origine) de plus en plus diversifiée et que la Direction de la protection de la jeunesse éprouve des difficultés à protéger, au sens de la loi, des enfants appartenant à certains groupes minoritaires, notamment des enfants d’origine haïtienne. En ce qui concerne les jeunes d’origine haïtienne, la plupart des chercheurs qui ont étudié leur situation au regard de l’application de la Loi sur la protection de la jeunesse ont noté des problématiques reliées à certaines coutumes de leurs parents ainsi qu’à des mésinterprétations auxquelles ces coutumes donnent lieu (Douyon, 1981, 1993; Chiasson-Lavoie et al., 1989).

Dans cette perspective, Messier, Doray et Parisien ont constaté une surreprésentation des mineurs appartenant à des groupes minoritaires dans des centres de réadaptation de Montréal, notamment des «jeunes Noirs» francophones. Ces derniers comptent pour 9 % des admis alors qu’ils représentent 3 % de la population du grand Montréal (Messier, Doray, Parisien, 1992: 65). Quant aux jeunes Haïtiens, leur problématique peut être saisie, d’une part, à travers l’alerte qui est donnée par Douyon selon laquelle, il existe une «aliénation inquiétante de ces mineurs de plus en plus coupés de leur groupe de référence» et une «conviction» que les adultes de la communauté noire au Québec et leurs enfants fassent «l’objet de signalements plus souvent qu’à leur tour (Douyon, 1993:3)» et, d’autre part, à travers l’inquiétude que semble manifester la communauté haïtienne au regard du placement d’enfants. L’organisation par des intervenants communautaires haïtiens de deux colloques aux printemps 1998 et 1999 sur le thème du placement d’enfants est symptomatique de cette inquiétude. A partir de ces constats et de l’inquiétude qu’ils soulèvent, nous avons cherché à savoir, d’une part, si l’application de la Loi sur la protection de la jeunesse donnait lieu à de la «discrimination» vis-à-vis de jeunes Haïtiens, discrimination entendue au sens dicté par la Charte des droits et liberté de la personne. Et, d’autre part, si les jeunes Haïtiens faisaient l’objet de «traitement différentiel» au sens sociologique du terme, c’est-à-dire si le fait d’être issus d’une minorité «ethnique» ou «racisée» induisait en ce qui les concerne une pratique sociale de protection différente de celle mise en oeuvre pour protéger de jeunes Québécois d’origine française (Farnworth et Horan, 1980). De manière générale, nous avons retenu l’analyse des trajectoires pour tenter de répondre à ces questions. Nous avons alors considéré les décisions prises à l’égard de jeunes Québécois d’origine haïtiennne et de jeunes Québécois d’origine française comme étant des structures comparatives significatives. Autrement dit, ces décisions ont été retenues comme étant des repères de trajectoires de chacun des groupes de jeunes. Le cadre conceptuel retenu pour situer cette problématique est conçu en fonction des traditions sociologiques du droit, du constructivisme et du structuralisme génétique. Et c’est à partir du modèle d’analyse utilisé par Goldmann (1959) pour étudier les Pensées de Pascal que nous avons étudié les différences entre les trajectoires de jeunes Haïtiens et celles de jeunes Québécois dans le système de protection de la jeunesse.

L’idée autour de laquelle s’articule cette recherche est que les décisions prises par les praticiens dans la cadre de la Loi sur la protection de la jeunesse constituent des structures significatives qui ont un fondement à la fois pratique, théorique et affectif, et que ces structures ne peuvent être étudiées de manière positive, c’est-à-dire à la fois expliquées et comprises, qu’en étant insérée dans l’univers social et juridique dont elles relèvent. Les instruments de recherche retenus à cet effet ont été le suivi par questionnaires et l’entretien semi-directif.

A la lumière de la recension des études américaines effectuées dans le domaine des disparités décisionnelles et des études québécoises effectuées sur les jeunes Haïtiens dans leurs rapports avec certaines institutions, nous avons pu, d’une part, écarter les écueils méthodologiques associés à l’étude des décisions différentielles et, d’autre part, établir le fondement du choix de l’étude des décisions pour faire la lumière sur des facteurs qui contribuent à la surreprésentation des jeunes Haïtiens dans le système de protection de la jeunesse. Les résultats relatifs aux différences entre les trajectoires des jeunes Haïtiens et celles des jeunes Québécois ne nous permettent pas de savoir si les jeunes Haïtiens sont l’objet de «discrimination directe». Par contre, ils suggèrent que ces derniers soient l’objet de «discrimination indirecte» et «systémique» d’une part, et de certaines formes de «traitement différentiel» d’autre part. Ils suggèrent également qu’une des formes de «traitement différentiel», en plus d’exposer les jeunes Haïtiens au risque de la stigmatisation, recèle, peut-être subsidiairement, de la discrimination indirecte. Enfin, ces résultats donnent à penser que, même si les pratiques sociales exercées à l’égard de jeunes Haïtiens comportent des aspects de discrimination, de «traitement différentiel» et de stigmatisation, leur finalité semble axée sur les principes de protection de l’enfant. Et que ce sont, entre autres choses, les limites du concept de sujet de droit appliqué à l’enfant, le déficit hérité par des jeunes Haïtiens au chapitre des «pouvoirs sociaux fondamentaux», et les limites des pratiques sociales de protection en contexte de pauvreté qui expliquent aussi bien la stigmatisation que la «discrimination indirecte» et «systémique» au regard du groupe de jeunes Haïtiens dont nous avons suivi les trajectoires dans le système québécois de protection de la jeunesse.

LES CONTEXTES PSYCHOSOCIAUX

LES CONTEXTES PSYCHOSOCIAUX

LES CONTEXTES PSYCHOSOCIAUX

LES CONTEXTES PSYCHOSOCIAUX DE L’INTERDÉPENDANCE ENTRE LE COUPLE ET L’ENFANT

Février 1993

SOMMAIRE
Cette thèse propose une étude de l’interdépendance entre deux sous-systèmes familiaux, c’est-à-dire la relation conjugale et la relation entre la mère et l’enfant d’âge préscolaire. Les processus familiaux de la socialisation de l’enfant de même que le rôle de certains facteurs extrafamiliaux sont au centre de cette étude afin de développer une meilleure connaissance des problèmes socioaffectifs chez l’enfant. Les résultats de recherche sont présentés sous la forme de trois articles. Le premier consiste en une revue des recherches, des théories et des pratiques en ce qui concerne l’effet des conflits conjugaux sur le comportement de l’enfant. Au-delà du constat d’un effet négatif des conflits conjugaux, il sera question des théories et des concepts qui peuvent expliquer comment les problèmes conjugaux sont associés à des problèmes spécifiques chez l’enfant. Cette intégration théorique vise à proposer des explications nouvelles et des pistes de recherche.

Par ailleurs, une perspective bidirectionnelle des influences familiales admet que l’enfant est un agent actif de son développement. Aussi, le deuxième article présente une étude empirique qui compare des groupes de couples sans enfant et avec enfant dans le but de considérer l’hypothèse de l’effet de la présence de l’enfant sur la qualité de relation conjugale.

Finalement, le troisième article présente une étude empirique de l’effet des conflits conjugaux sur la qualité de l’interaction mère-enfant. Des études ont montré que les garçons étaient davantage vulnérables au stress et que les manifestations d’anxiété seraient plus antisociales pour le garçon qu e pour la fille. L’hypothèse générale de cette troisième étude est que les conflits conjugaux sont davantage associés aux interactions difficiles mère-garçon que mère-fille. Cette étude propose également un modèle des influences familiales où l’on considère la contribution de l’enfant, des parents et de l’écologie familiale.

LES CONDITIONS DE QUALITÉ

LES CONDITIONS DE QUALITÉ

LES CONDITIONS DE QUALITÉ

LES CONDITIONS DE QUALITÉ DE LA PLANIFICATION PARTICIPATIVE ET DE L’ACTION EN PARTENARIAT DANS LE CHAMP DE LA PRÉVENTION – PROMOTION DE LA SANTÉ ET DU BIEN-ÊTRE, LE CAS DES PRIORITÉS RÉGIONALES 1995-1998 DE MONTRÉAL-CENTRE

Octobre 2000

L’évolution des pratiques de planification dans le champ de la prévention – promotion de la santé et du bien-être a été peu étudiée sous l’aspect de l’accroissement de leur efficacité. Si, au sujet des approches technocratiques, la littérature accumule les évidences de leur peu de résultats, au sujet des approches participatives, moins d’évidences nous informent quant aux arrangements les plus prometteurs. Aborder la question des conditions de la planification participative et de l’action en partenariat associées à l’atteinte de résultats exige une analyse des rapports sociaux entre les acteurs de telle sorte à comprendre comment ils réussissent à produire ce qu’ils produisent et le cas échéant, améliorer ce produit.
Comprendre comment se construit la coopération, partant des rapports sociaux et des rapports de pouvoir entre les acteurs, vu leur position sociale et leur logique d’action, et établir les liens entre les propriétés de ce processus et les attributs de qualité du produit, permet d’éclairer les conditions de succès de la planification participative et de l’action en partenariat.

L’étude de quatre expériences de planification participative et d’action en partenariat, déployées dans le cadre des priorités 1995-1998 de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre, a adopté cette perspective théorique. L’analyse, qui a opéré selon le cadre méthodologique de l’étude de cas multiples, fait ressortir deux dimensions du processus de structuration de l’action qui s’avèrent les plus actives, eu égard à son niveau de qualité.

D’abord, la dimension de l’accès à l’information, rendue disponible par la participation des acteurs internes et externes des systèmes et des citoyens, information qui sera d’autant plus étendue et intégrée au processus de décision que la participation sera plus dynamique, de plus grande ampleur. Ce qui a une incidence sur les zones de convergences entre les acteurs, précurseurs de la construction de l’accord et de la coopération. Puis la dimension du processus d’innovation, au double plan des rapports sociaux de partenariat et du sens de l’action, qui sera favorable à la qualité de l’action dans la mesure où la dynamique de la participation entraîne un renouvellement du partenariat, dans le sens de la réduction des effets du déséquilibre du pouvoir entre les acteurs, et en termes de conjugaison de leurs logiques d’action.

Une telle compréhension des conditions du processus de structuration de l’action devant conduire à une qualité accrue de l’action pose les bases d’un renouvellement de la méthodologie de la planification participative et de l’action en partenariat dans le champ de la prévention-promotion de la santé et du bien-être.

L’ÉTRANGÈRE À NOS PORTES. FEMMES, PAUVRETÉS ET SANTÉ MENTALE

L'ÉTRANGÈRE À NOS PORTES. FEMMES, PAUVRETÉ ET SANTÉ MENTALE

L’ÉTRANGÈRE À NOS PORTES. FEMMES, PAUVRETÉ ET SANTÉ MENTALE

SOMMAIRE

Dans cette recherche, les « gens à problèmes », comme on désigne souvent les individus et les groupes en position précaire sur les plans socio-économique et culturel, servent de point d’entrée à l’étude des problèmes des gens. Notre démarche s’inscrit dans une perspective théorique et méthodologique qui consiste à revaloriser le statut d’acteur et de sujet d’individus qu’un certain dispositif de recherche a trop objectivé. Nous postulons que ce dispositif n’est pas innocent dans la mesure où sa quête d’une trop grande objectivité contribue au processus d’une double exclusion des lieux de la parole où les gens peuvent élaborer un discours sur leurs problèmes et leurs besoins ainsi que des moyens d’action pouvant permettre d’assumer leur statut d’acteur – et donc de citoyen.

Le questionnement de la recherche se structure autour de deux axes principaux. Le premier consiste à identifier les situations problèmes autour desquelles se noue la problématique générale de la santé mentale et à examiner par quels mécanismes l’expérience de la pauvreté affecte les individus, tant sur le plan personnel que sur celui des relations qui les lient aux autres dans des conditions de contraintes socio-économiques et culturelles. Le second explore les stratégies d’existence déployées par les personnes concernées pour gérer les contraintes du quotidien ainsi que les dynamiques qui sous-tendent les démarches d’aide.

La méthodologie utilisée est de type qualitatif et implique deux étapes. Dans un premier temps, des rencontres de groupes (focus groups) dans divers quartiers populaires ont permis d’élaborer une grille d’entrevue qui reprend les concepts et le langage des personnes affectées par les questions à l’étude. Dans un deuxième temps, et avec cette grille d’entrevue, une quarantaine de femmes vivant autour des seuils de pauvreté ont été rencontrées sur un base individuelle et à leur domicile.
Les discours élaborés par les répondantes pour interpréter et comprendre les malaises qu’elles expriment se construisent autour d’un complexe de problèmes qui résistent aux catégorisations étanches et standardisées. Au-delà de la pauvreté matérielle, celle de la pauvreté des relations entre hommes et femmes dans le couple est particulièrement saisissante et se traduit, notamment, par l’absence quasi généralisée des pères, et donc de modèles paternels, d’une part et, de l’autre, par une « sur-présence » des mères appelées à être « père et mère à la fois ».

La pauvreté se pose alors comme problème parce qu’elle vient saboter les femmes dans leur rôle de parent en révélant la dynamique conflictuelle qui s’installe dans la relation parent/enfant dès lors que celle-ci se voit chroniquement traversée par l’interdiction d’accès à ce qui est par ailleurs hautement valorisé par la société et ses composantes institutionnelles et professionnelles.

L’examen des stratégies d’existence déployées pour gérer les contraintes du quotidien révèle qu’elles s’enracinent dans un ensemble de valeurs, notamment entourant la famille, qui constitue le moteur des actions. Il révèle également que la dynamique de l’aide est profondément traversée par une logique de réciprocité et nous heurte, de ce fait, aux représentations courantes qui consistent à poser « ces gens-là » comme passifs, dépendants et quémandants