L’ÉTRANGÈRE À NOS PORTES. FEMMES, PAUVRETÉS ET SANTÉ MENTALE

L'ÉTRANGÈRE À NOS PORTES. FEMMES, PAUVRETÉ ET SANTÉ MENTALE

L’ÉTRANGÈRE À NOS PORTES. FEMMES, PAUVRETÉ ET SANTÉ MENTALE

SOMMAIRE

Dans cette recherche, les « gens à problèmes », comme on désigne souvent les individus et les groupes en position précaire sur les plans socio-économique et culturel, servent de point d’entrée à l’étude des problèmes des gens. Notre démarche s’inscrit dans une perspective théorique et méthodologique qui consiste à revaloriser le statut d’acteur et de sujet d’individus qu’un certain dispositif de recherche a trop objectivé. Nous postulons que ce dispositif n’est pas innocent dans la mesure où sa quête d’une trop grande objectivité contribue au processus d’une double exclusion des lieux de la parole où les gens peuvent élaborer un discours sur leurs problèmes et leurs besoins ainsi que des moyens d’action pouvant permettre d’assumer leur statut d’acteur – et donc de citoyen.

Le questionnement de la recherche se structure autour de deux axes principaux. Le premier consiste à identifier les situations problèmes autour desquelles se noue la problématique générale de la santé mentale et à examiner par quels mécanismes l’expérience de la pauvreté affecte les individus, tant sur le plan personnel que sur celui des relations qui les lient aux autres dans des conditions de contraintes socio-économiques et culturelles. Le second explore les stratégies d’existence déployées par les personnes concernées pour gérer les contraintes du quotidien ainsi que les dynamiques qui sous-tendent les démarches d’aide.

La méthodologie utilisée est de type qualitatif et implique deux étapes. Dans un premier temps, des rencontres de groupes (focus groups) dans divers quartiers populaires ont permis d’élaborer une grille d’entrevue qui reprend les concepts et le langage des personnes affectées par les questions à l’étude. Dans un deuxième temps, et avec cette grille d’entrevue, une quarantaine de femmes vivant autour des seuils de pauvreté ont été rencontrées sur un base individuelle et à leur domicile.
Les discours élaborés par les répondantes pour interpréter et comprendre les malaises qu’elles expriment se construisent autour d’un complexe de problèmes qui résistent aux catégorisations étanches et standardisées. Au-delà de la pauvreté matérielle, celle de la pauvreté des relations entre hommes et femmes dans le couple est particulièrement saisissante et se traduit, notamment, par l’absence quasi généralisée des pères, et donc de modèles paternels, d’une part et, de l’autre, par une « sur-présence » des mères appelées à être « père et mère à la fois ».

La pauvreté se pose alors comme problème parce qu’elle vient saboter les femmes dans leur rôle de parent en révélant la dynamique conflictuelle qui s’installe dans la relation parent/enfant dès lors que celle-ci se voit chroniquement traversée par l’interdiction d’accès à ce qui est par ailleurs hautement valorisé par la société et ses composantes institutionnelles et professionnelles.

L’examen des stratégies d’existence déployées pour gérer les contraintes du quotidien révèle qu’elles s’enracinent dans un ensemble de valeurs, notamment entourant la famille, qui constitue le moteur des actions. Il révèle également que la dynamique de l’aide est profondément traversée par une logique de réciprocité et nous heurte, de ce fait, aux représentations courantes qui consistent à poser « ces gens-là » comme passifs, dépendants et quémandants